sOAZ : l’immortel

Dans le monde du gaming, la carrière de joueur professionnel rencontre souvent l’insurmontable obstacle de la longévité. Rares sont les joueurs qui parviennent à maintenir leur place et leur statut dans l’esport dans le temps. Cela est dû à l’arrivée constante de nouveaux joueurs, la difficulté de maintenir l’extrême difficulté de maintenir son niveau de jeu mais également la présomption qu’un joueur vieillissant peut difficilement rester compétitif. Dans un jeu tel que League of Legends où les joueurs sont amovibles et ou le nombre de compétiteurs de talents a explosé entre les débuts de la scène et sa consolidation, rare sont ceux qui sont parvenus à rester au plus haut niveau. Les noms de Doublelift ou Diamondprox sont les reliques d’une première génération de joueurs qui ont submergé la scène alors même qu’elle était à ses prémices. Loin des stades remplis, des millions de spectateurs et du confort financier dans lesquels League of Legends évolue désormais, c’est dans un tout autre cadre, plus intimiste que la scène a connu sa première flambée de joueurs. Et au milieu de la masse défilante de professionnels de l’époque, il y avait sOAZ, un joueur qui faisait déjà parti des meilleurs et qui a traversé l’histoire de la scène de League of Legends. Alors qu’il a mis sa carrière en suspens pour se lancer dans le coaching chez LDLC OL, c’est le bon moment pour évoquer sOAZ, sa légende et son incroyable parcours dont les deux dernières saisons mitigées ne doivent pas affecter l’exceptionnalité. Portrait de Paul « sOAZ » Boyer, l’un des joueurs les plus emblématiques que l’ouest n’ait jamais connu.

C’est lors de la première édition des Worlds que sOAZ commence à écrire sa légende. Alors joueur de aAa (against All authority), il finira la compétition sur la seconde marche du podium, n’échouant que de peu lors de la manche décisive d’un BO3 contre Fnatic. Dans une scène qui ne ressemblait en rien à celle que l’on connait aujourd’hui, il est déjà évident que le jeune sOAZ dispose de grandes qualités. Si l’équipe parvient à se maintenir parmi les meilleurs, elle ne franchira jamais le cap et se retrouve bloquée dans le ventre mou de la hiérarchie mondiale dominée par des équipes telles que TSM, CLG, Moscow 5 et Fnatic. Les quelques organisations qui parviennent à se stabiliser et à relativement se professionnaliser se partagent la gloire ne laissant que des miettes aux autres écuries. Mais à la mi-2012, Fnatic qui commence à montrer quelques signes de faiblesse et d’inconstances va se séparer d’un de ses joueurs phares, le polonais Maciej « Shushei » Ratuszniak et va le remplacer par sOAZ ce qui marque le début d’une association qui va marquer l’histoire du jeu à tout jamais. Et c’est avec Fnatic, que sOAZ va participer à la première édition des EU LCS, la forme première de la LEC que nous connaissons aujourd’hui.

De gauche à droite : Cyanide, sOAZ, xPeke, puszu & YellOwStaR

L’équipe prend immédiatement le pli et sOAZ va rouler sur l’Europe avec Fnatic durant deux années. La compétition internationale s’est néanmoins durcie et si Fnatic sont les maitres incontestés de l’Europe (trois titres sur les quatre premiers splits), l’organisation ne parvient pas à s’imposer sur la scène internationale. En 2013, l’équipe perd en demi-finale des Worlds contre Royal Club et en finale des IEM contre KT Rolster Bullets, équipe coréenne menée par Score et Ryu. Mais en 2014, à l’issu du premier split européen que l’organisation ne remporte pas, Fnatic connait ses premières difficulés majeures. Au Worlds, l’équipe ne parvient pas à sortir des poules, un premier gros revers pour l’organisation qui aura des conséquences impressionnantes. Rekkles, xPeke et Cyanide quittent Fnatic et le midlaner espagnol va fonder Origen où ne tardera pas à le rejoindre sOAZ. Avec cette nouvelle équipe, sOAZ écrase la seconde division européenne pour se qualifier pour les EU LCS. Désormais de retour dans l’élite de la scène européenne, sOAZ et xPeke ont leurs yeux rivés vers le titre, rivés vers Fnatic. Et comme si tout était écris, Origen et Fnatic finiront par s’affronter en final des playoffs cette année-là. Ce BO5 a marqué l’histoire de la ligue à tout jamais, l’invincible Fnatic qui n’avait perdu aucune partie de la saison et des playoffs vacille mais finit par remporter le titre dans un affrontement qui sera allé jusqu’à la cinquième manche. Si cette défaite marque un premier coup d’arrêt pour Origen, le roster pourra se satisfaire d’une belle campagne au Worlds 2015 qui s’achève en demi-finale contre SKT menée par un certain Faker ainsi que de sa victoire aux IEM – San Jose où l’équipe n’aura perdue aucune game.

A ce point dans sa carrière, sOAZ est déjà un vétéran de la scène, le renouvellement des joueurs a été massifs et il fait déjà parti des derniers joueurs à avoir traversé toutes les époques du jeu. Mais sOAZ fait toujours parti des tous meilleurs et malgré cela, l’année 2016 sera, à date, l’année la plus difficile de sa carrière. En panne d’inspiration et en proie à des difficultés de niveau de jeu, Origen va connaitre un Summer Split cauchemardesque que l’organisation finira à la 9e place du classement, devant se battre pour maintenir sa place en EU LCS. C’est le moment que sOAZ choisit pour rentrer chez lui, il quitte Origen et retourne chez Fnatic pour la saison 2017. Un retour effectué au même moment que l’arrivée d’un certain Caps. Malheureusement, c’est une nouvelle année vierge pour sOAZ qui n’a plus remporté de titre européen depuis avril 2015. Malgré une campagne aux Worlds correcte, marquée par l’incroyable comeback effectuée par l’équipe lors de la phase de groupe, cela commence à faire longtemps que sOAZ n’a pas posé ses mains sur un trophée, trop longtemps pour celui qui est déjà le meilleur toplaner que l’Europe n’a jamais produit. Si l’année 2018 marque le retour de la victoire pour sOAZ et Fnatic qui remporteront les deux splits, elle marque aussi le début de la transition entre le vétéran français et son futur remplaçant, Bwipo. Alors qu’il joue la majorité de la saison comme titulaire, le temps de jeu de sOAZ diminue quelque peu lors des playoffs du Summer Split à cause d’une blessure, ou il est remplacé à trois reprises. La transition sera complétée lors des Worlds ou Bwipo joue la majorité des games et ou Fnatic échouera en finale. 7 ans après, il égale son meilleur résultat international mais la symbolique n’est plus la même.   

A l’issue de la saison 2018, sOAZ quitte Fnatic et rejoint Misfits Gaming

Il apparait clair que Bwipo sera le choix vers lequel Fnatic allait se tourner pour la suite et sOAZ, voulant disposer de temps de jeu quitte l’organisation et rejoint Misfits Gaming qui met sur pied un roster se voulant ultra-compétitif. Malheureusement, malgré des débuts prometteurs, le roster ne trouve jamais son rythme et ne se qualifie à aucune phase de playoffs. La majorité de l’équipe sera même totalement remplacée par l’équipe académique de Misfits au milieu du second segment. Un coup dur pour sOAZ qui voit déjà se pointer les critiques autour de son âge qu’il juge injustifiées. Il faut dire qu’après son départ de Fnatic, sOAZ entame un nouveau combat dans sa carrière. La perception d’un joueur de son âge dans la scène est près systématiquement associée à une baisse critique du niveau de jeu. Sa saison 2020 chez Immortals est un fiasco collectif qui ne va pas apaiser les critiques à son égard. Si il est certain que son niveau individuel n’est plus ce qu’il a pu être par le passé, les critiques sont disproportionnées, amplifiées et les défaillances collectives sont souvent réduites à des défaillances individuelles de sa part ou de la part d’Eika, son midlaner chez Immortals que n’a pas été épargné non plus cette année là. sOAZ décide alors de faire une pause, il qualifie les deux dernières saisons de particulièrement éprouvantes et la quarantaine américaine semble vraiment l’avoir affecté. Il sera annoncé comme nouveau coach de LDLC OL.

Avec la retraite de Doublelift et la pause de sOAZ, la scène League of Legends entamera l’année 2021 sans aucun joueur de la saison 1 des Worlds encore en activité dans une des régions majeures, une première. sOAZ est l’un des joueurs les plus accomplis de l’histoire du jeu, il a remporté le championnat européen à de multiples reprises, connu 6 campagnes aux Worlds desquelles il a atteint 5 fois les playoffs dont 2 fois la finale, le tout avec 3 équipes différentes et sur une durée de 8 ans. Il y à très peu de joueurs qui peuvent rivaliser avec ses accomplissements, il se situe tout en haut de la hiérarchie européenne aux cotés de joueurs tel que Caps,Perkz,Rekkles ou Jankos pour ne citer qu’eux. Mais au delà de son exceptionnel carrière, son parcours permet de mettre en lumière la question houleuse de la longévité de la carrière des joueurs ainsi que celle de la force de la perception collective sur la perception du niveau individuel.

Quoi qu’il advienne désormais, sOAZ est une légende et il restera à jamais l’un des meilleurs joueurs européens à n’avoir jamais posé ses mains sur le jeu. Ses accomplissements et le déroulement de sa longue carrière parlent pour lui. Ceux qui n’ont découverts que très récemment la scène compétitive de League of Legends ne se rendent peut être pas compte de l’importance de sOAZ tant les deux dernières saisons de sa carrières ont, injustement, affecté la perception que certains avaient de lui. Aujourd’hui, Wunder semble en chemin pour le rejoindre en tant que toplaner le plus historique de la ligue mais, sûrement par nostalgie, il ne le remplacera jamais à mes yeux.

La dynastie de brTT

A bientôt 30 ans, Felipe « brTT » Gonçalves rempile pour une nouvelle saison chez paiN Gaming. De sa domination d’une scène brésilienne qu’il n’a jamais quitté à ses prestations sur la scène internationale qui ont mis la CBLOL sur la carte, portrait du joueur le plus emblématique de l’éternel pays d’avenir, véritable figure du League of Legends brésilien.

S’il fallait résumer la carrière de brTT, il faudrait parler de son exubérance, de son explosivité et de son humour avant tout. Une personnalité addictive qui est le fondement de sa gigantesque popularité en Amérique du Sud. Il est probablement un joueur inconnu du grand public de ce côté du globe mais chez lui, brTT a tout gagné et c’est une star. Il a remporté plus de championnats que quiconque et dans l’anonymat du reste de la planète, il est aujourd’hui l’une des plus grandes vedettes du jeu, l’une des plus suivies, l’une des plus attachantes. Son surnom « Pai » (père) que lui ont attribué les fans brésiliens en dit long sur son importance et sur son rôle dans la structuration de la CBLOL et de la scène brésilienne en générale dont il est la figure depuis 2012. Armé de son Draven – duquel il admet partager plusieurs traits de caractères – il est devenu l’ADC le plus performant de son continent.

Le rêve fou de brTT a été de remporter les championnats du monde avec un équipe brésilienne, il a œuvré toute sa carrière dans ce but, jusqu’à quitter son équipe de toujours paiN Gaming pour rejoindre la superteam de Vivo Keyd en 2014, qui n’aura jamais produis les résultats attendus. Finalement, c’est bien avec paiN Gaming qu’il finira par obtenir ses résultats les plus probants. Si les fans se souviennent plus souvent du run de l’équipe russe Albus NoX Luna en 2016, ils ont tendance à oublier qu’en 2015, une équipe brésilienne a fait chavirer la scène internationale. En prenant une game à Counter Logic Gaming et une aux Flash Wolves, paiN Gaming et brTT ont accompli ce qu’aucune équipe issue d’une région Wild Card n’était parvenu à faire, remporter plusieurs rencontres en phase de groupe. Une performance qui peut paraitre anecdotique mais qu’aucune équipe brésilienne n’a – à ce jour – réussi à reproduire.

D’une manière romantisée, il est normal que le plus haut accomplissement du League of Legends brésilien fut rendu possible par brTT. Deux années plus tard, porté par la foule brésilienne, il échouera à se qualifier au MSI 2017 devant son public et depuis, il est reparti à l’assaut de la CBLOL. Il est compliqué pour un européen de se rendre compte de l’impact d’un joueur comme brTT sur l’écosystème du jeu dans son pays. S’il n’a pas toujours été le meilleur, il est le joueur le plus populaire, le plus aimé et le plus accompli du Brésil et il n’a pas fini de faire parler de lui. Sans complexe, sans tabou, il explique qu’il veut continuer, à 30 ans, de se battre pour conserver sa place car au fond de lui, il n’a pas abandonné son rêve, aussi fou puisse t’il être.

Interview : Solary Supernova

J’ai eu le plaisir de discuter avec Supernova, le coach de la toute nouvelle équipe académique de Solary. Un peu moins de deux semaines avant la reprise de la compétition c’est une bonne occasion de faire un état des lieux et de découvrir un peu plus le coach champion en titre de la deuxième division française de League of Legends.

« J’aimerais commencer par retracer un petit historique, t’es apparu l’année dernière avec Bastille Legacy en division 2 »

En réalité j’ai commencé un peu plus tôt que ça, 6 ou 7 moi pour être précis. J’ai commencé sur l’Open Tour où je m’occupais d’Omerix, structure par laquelle sont passés des joueurs comme Eyliph ou Jezu. A la base, je devais faire mon année chez eux mais j’ai été contacté par Eternity (manager Gamers Origin ex-Bastille Legacy) en janvier par ce qu’il lui fallait un coach, j’ai passé des tryouts et j’ai commencé mon aventure avec Bastille Legacy.

« Finalement, Team BDS récupère le slot et le roster de Bastille Legacy, toi avec, et l’année se passe bien en termes de résultat »

Ça se passe bien, l’année était divisée en deux splits, y’a eu deux trois modifications de calendrier et finalement on est devenu BDS juste avant la période des Underdogs.

« L’équipe se qualifie en LFL mais tu ne fais plus partie de l’aventure, est-ce que c’est toi qui ne voulais pas ou est-ce que l’équipe a simplement pris une autre direction ? »

Les deux sont vrais en fait. BDS a pris une direction pour laquelle moi je ne me sentais pas spécialement prêt, c’est-à-dire que BDS voulait vraiment être compétitif, l’organisation voulait recruter une grosse équipe pour viser la performance aux EU Masters. Ma volonté était de devenir assistant-coach de l’équipe mais ça n’a pas pu se faire et je me suis mis en recherche d’une équipe qui correspondait à mes objectifs. »

« Du coup Solary lance son projet d’équipe académique, comment tu t’es retrouvé impliqué ? Comment s’est passée l’approche avec eux ? »

J’ai eu quelques discussions avec les responsables du projet, d’abord avec Chap puis Taipouz et Caelan puis ça s’est fait assez rapidement. Au début Caelan devait avoir la charge du projet et au fil des discussions ils ont décidé de me laisser une plus grosse marge de manœuvre, voilà en quelques mots comment ça s’est fait.

« Ils ont pris Badlulu de prime abord puis il y a eu les tryouts pour le reste du roster, à quel point tu as été impliqué dans les choix ? »

Il faut savoir que j’ai été en tryouts au même moment, ça veut dire que j’ai eu le droit de donner mon avis sur les joueurs mais les décisions finales ne m’appartenaient pas. Comme je suis arrivé un peu tard, j’ai eu mon mot à dire sur les choix de jungle, d’ADC et de support. Leur choix s’était déjà porté sur Badlulu et Odin à ce moment-là mais je suis très heureux du roster que j’ai à disposition.

« Avant l’interview tu m’as un peu parlé de relationnel avec l’équipe première, comment ça se passe avec Samchaka qui comment à être un coach très expérimenté de la scène ? »

Ça faisait partie de mes envies que dans un projet académique, les joueurs puissent évoluer aux cotés de la line up LFL, que des choses soient organisées entre les deux, qu’il y ait un vrai relationnel. Sam et moi on se connaissait que de vue mais on a commencé à discuter et ça se passe bien entre nous. La bonne entente entre les rosters ça facilite une ambiance de travail saine dont les deux équipes sauront profiter sur le long terme.

Roster 2021 de la Solary Academy qui participera à la Division 2 de LFL

« Finalement, à part iWa qui a joué au FC Nantes la saison dernière, tu récupères une équipe de rookies, comment tu prépares des joueurs à un nouveau de compétition, quelle est ta patte ? »

Ma conception personnelle de la place de coach c’est de comprendre que tu as un groupe de cinq êtres humains et qu’il faut créer la meilleure équipe possible. A partir de là, j’axe énormément mon coaching sur l’équipe, aider les joueurs à se comprendre que ce soit dans le jeu ou hors du jeu. La synergie et l’entente sont les éléments les plus importants pour moi. Il y a toujours des problématiques à régler mais ce qui m’importe c’est quelles sont les solutions que l’on peut trouver en fonction de son équipe et avec son équipe.

« Est-ce que les premières semaines d’entrainement ont permis de dégager un leader naturel de l’équipe ? »

Quand j’étais chez Bastille Legacy, Veignorem était celui qui communiquait énormément mais là tout le monde peut faire des calls, tous les joueurs ont leur mot à dire. Ce qui est important c’est que ce sont des rookies donc ils ont le droit à une marge d’erreur, lorsqu’une décision est prise par l’équipe c’est plus simple d’en discuter après, est ce que c’était le bon call ? Est-ce qu’on pouvait faire mieux ? Plus safe ? iWa fait beaucoup sur la fin de la phase de lane puis tout le monde propose ses idées. 

« Qui dit nouvelle année, dit nouvelle saison pour le jeu, est-ce qu’il y a des changements notables en saison 11 vis-à-vis de la saison 10 ? »

Le plus gros changement ce sont les nouveaux items mais ce n’est pas aussi important que lorsqu’il y a des changements sur la carte. Si tu veux, quand on change la carte, toutes les stratégies changent. Les changements ne sont pas aussi radicaux lorsque ce sont les items qui se renouvèlent, l’adaptation est beaucoup plus rapide. Après, il y a toujours un moment ou quelqu’un apportera quelque chose de nouveau grâce aux changements d’items et ça peut toujours jouer sur la méta. Sinon on voit bien qu’au niveau des champions il n’y a pas eu de gros bouleversements, il y aura toujours de la Nidalee, du Graves, du Jhin mais il y a quelques champions comme Olaf ou Aatrox qui vont un peu revenir grâce aux nouveaux items.

« D’ailleurs, en tant que coach est ce qu’il y a des équipes vers lesquelles tu te tournes spécifiquement pour observer la méta ? »

Pas vraiment, j’essaye d’avoir un œil partout pour proposer le plus de possibilités aux joueurs. La saison passée, on était très axé sur le scalling donc on avait forcément un regard plus attentif sur la ligue coréenne mais là il y à d’autres idées de jeu chez Solary. On reste en deuxième divsion donc les mécanismes de reproduction sont limités par la différence de niveau de jeu.

La deuxième division de la LFL débutera le 25 janvier.

« En parlant de la division, tu enchaines une deuxième saison à ce niveau de compétition, comment tu perçois l’évolution de la ligue au vu des rosters annoncés ? »

Je la trouve très bonne l’évolution. Déjà, on a réussi à trouver deux nouvelles équipes pour rejoindre la ligue, ça en dit long sur la qualité de l’écosystème français. La saison passée, il y avait des vrais écarts de niveau de jeu entre les équipes mais là je pense que toutes les équipes ont su attirer des bons joueurs. La ligue progresse bien, de l’Open Tour à la LFL, on sent que ça se professionnalise à tous les échelons. Pour moi, la ligue va dans le bon sens, il faut juste espérer que la situation sanitaire s’éternise pas trop par ce que les lans sont importantes dans l’écosystème français.

« Finalement, la saison dernière tu as dominé ton sujet avec Bastille Legacy et BDS, il y a eu des games plus impressionnantes que d’autres mais globalement vous avez maitrisé la ligue, est ce que tu appréhendes un peu les premières difficultés ? »

Pas du tout, ce n’est pas le même projet du tout. Chez BTL et BDS, l’objectif était sportif, on voulait se qualifier en LFL et il fallait être premier des équipes non académiques. Finalement on a pris une longueur d’avance et tout s’est bien passé. Solary Academy ce n’est pas la même idée du tout, il n’y a pas de pressions liées à un objectif de performance. Le projet c’est de former des jeunes, de les aider à s’améliorer. On veut montrer ce dont les joueurs sont capables mais ce sont des rookies et développer un bon jeu d’équipe va prendre du temps, ce sont des automatismes qu’ils n’ont pas encore car ils n’ont pas encore beaucoup d’expérience. Chez Bastille Legacy, on a connu des débuts compliqués l’année dernière avec deux games un peu catastrophique. Mais on a rebondi et on a enchaîné huit victoires d’affilée, c’est par ce qu’on a mis un mois à se trouver, à devenir une équipe et c’est le travail que je veux faire avec Solary Academy, créer une équipe. C’est la progression de mes joueurs qui me donnera le sens que j’ai rempli ma mission et fais un bon travail, pas tant les résultats.

« Et pour finir, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ? Est-ce que t’as un dernier mot ? »

Je prends les choses comme elles viennent, je travaille pour progresser et dans le futur évidemment que j’aimerais aller coacher aux échelons supérieurs mais je suis concentré sur Solary Academy pour le moment. Je souhaite le meilleur pour mes joueurs et pour mes anciens joueurs, Otcomalus, Azra, Chreak, Jaylink, Veignorem, Zenoz ainsi que mes anciens collègues Mew, Lyrith, Eternity, Shac Nicholson. C’est à eux que je souhaite du bien avant tout.

Frappii, le nouveau tsar

Le 19 décembre dernier, Unicorns Of Love a annoncé l’arrivée du français Antonio « Frappii » Botezatu au poste d’AD Carry. Un choix audacieux pour l’ancien joueur de MCES et Team Oplon mais qui prend sens dans le contexte actuel dans lequel le regard des ligues majeures vers les ligues mineures semble s’adoucir.

L’équipe Unicorns Of Love (UOL) lors des Worlds 2020. L’équipe russe avait réussi à s’extirper des play-in.

L’annonce en aura surpris plus d’un, déjà car elle entérine le départ de Gadget pourtant excellent lors des Worlds 2020 mais également car Frappii effectue le grand écart, lui qui est un habitué de la scène francophone depuis plusieurs années déjà. A l’issue d’un split complexe chez MCES ( dernier de LFL), Frappii se tourne donc vers la Russie où il rejoint son compatriote Jean-Pierre « Toucan Celeste » Giaccone qui a probablement plébiscité son arrivée. Son arrivée chez Unicorns Of Love est un pari pour lui, une opportunité de ne pas se perdre dans les ligues régionales européennes surchargées en talents et d’engranger de l’expérience, probablement au plus haut niveau. Ce choix est justifié par la tendance croissante des ligues majeures à regarder hors de leurs ligues régionales pour effectuer leurs recrutements. Si la TCL (Turquie) semble être la ligue mineure la plus observée pour le moment, la bonne performance d’UOL aux Worlds 2020 en aura probablement fait réfléchir plus d’un.

Blue, HiRit, Armut ou même Luger, ces noms vous sont peut être encore inconnus mais ils ont en commun d’avoir profité du mercato pour effectuer la transition entre la TCL et une ligue majeure (LEC ou LCS). Gadget, le prédécesseur de Frappii semble prendre la direction de mousesports, une équipe majeure de la ligue allemande. En rejoignant UOL, Frappii a de grandes chances de remporter le CIS et de se qualifier pour les Worlds. Il pourrait profiter ainsi d’une mise en avant qu’il n’aurait probablement pas pu avoir en rester cantonné aux équipes francophones.

Et cette mise en exposition des ligues mineures ne se cantonnent pas à l’Europe, les équipes nord-américaines sont allées piocher dans les équipes de LLA (Amérique latine) et les récents changements qu’a connue la région Océanique a vu une exode massive de ses joueurs vers les LCS. Les mouvements intrarégionaux ne sont plus seulement des importations de coréens au bord de la retraite mais désormais des investissements sur des jeunes joueurs à fort potentiel. Frappii rentre donc dans ce moule et rejoint l’organisation la plus imposante de Russie. Avec son arrivée, l’équipe récupère un joueur qui a des similarités avec Gadget, qui n’a pas peur de sortir de la méta en jouant des mages. Il ne devrait pas donc pas perturber les automatismes déjà en place et l’équipe devrait pouvoir continuer sur sa lancée. Dans tout ça, Frappii va prendre de l’expérience, va sûrement pouvoir s’exposer aux yeux du monde et se faire un nom loin des ligues européennes ou la profusion de talents aurait pu le rendre invisible, désormais, on risque de le voir Frappii.

Solary Hunter, le lieutenant

Discret, bienveillant et travailleur, Hunter est l’un des derniers joueurs de la première génération encore en activité. Celui qui a laissé derrière lui une carrière de carrossier pour devenir un pilier de la section Fortnite de Solary est le dernier joueur du premier roster de Solary à poursuivre sa carrière professionnelle sur le jeu. Portrait de Corentin « Hunter » Tardif, le viking de Solary.

Hunter est un des premiers joueurs francophones à s’être illustré sur la scène Fortnite. Aux cotés de Yoshi, MzQQQ et Kinstaar, il remporte la Lyon esport 2018 sous la bannière d’Oserv Esport. Rapidement, ils sont recrutés par Solary pour être le premier roster de l’organisation ainsi que les piliers de la chaine Solary Fortnite. A peine majeur, celui qui travaille dans un garage abandonne sa vie d’avant et se lance corps et âme dans ce nouveau projet. Au côté de Duong « Kinstaar » Huyng, Hunter va marquer l’âge d’or de Fortnite et devient alors, la moitié de l’un des binômes francophones les plus prolifiques de l’histoire du jeu.

Hunter ne dispose pas d’un palmarès du même acabit que celui de son partenaire de toujours, il a traversé une partie de sa carrière dans l’ombre de Kinstaar. Moins fringant, moins présent et ayant moins de succès en solitaire que son partenaire et ami, Hunter brille par sa capacité à tirer le meilleur de son binôme. D’une certaine façon, sans être le meilleur joueur qui soit, Hunter est un partenaire d’exception, sa façon de jouer et sa mentalité sont tournées vers le succès de l’équipe et non sa gloire personnelle. Il y à une forme de dévotion et de sacrifice dans la façon avec laquelle il aborde le jeu, des qualités qu’aucune statistique ne peut mettre en avant mais qui contribuent grandement à son évolution.

Les 4 joueurs de Solary qualifiés pour la coupe du monde de Fortnite.

Hunter et Kinstaar se sont qualifiés pour la World Cup, ils ont remporté un Skirmish et ont performé au plus haut niveau de l’Europe mais il n’en a jamais pleinement récolté la gloire. Pourtant, d’un garage jusqu’à New York, la longueur du chemin parcouru et sa difficulté ne doivent pas être oubliées. Hunter ne sera probablement jamais le meilleur joueur du monde, ni le plus reconnu mais son travail et sa dédication l’ont porté jusqu’au plus haut niveau du jeu. A l’heure ou le nombre de joueur professionnel explose et où une nouvelle génération de talent prend le contrôle, Hunter ressemble presque à un vétéran du jeu à seulement 21 ans. Si les performances ne sont plus aussi notables qu’elles ont pu l’être par le passé, Hunter reste un solide joueur, surtout au vu de la multiplication exponentielle de la concurrence.

Il est aujourd’hui le dernier joueur du roster originel de Solary à être joueur professionnel. Nul ne sait pour combien de temps mais ce qui est certain c’est que quoi qu’il arrive désormais, Corentin Tardif ne regrettera jamais d’avoir tout abandonné pour Fortnite.

Nisqy : l’altruiste

Conformément aux rumeurs qui circulent depuis quelques temps, Nisqy est le nouveau midlaner de Fnatic pour la saison 2021. Un retour en Europe pour le joueur belgo-turc dans un contexte compliqué pour l’écurie orange et noire. Si son arrivée suscite l’inquiétude des fans, il est probablement le joueur dont Fnatic a besoin.

Yasin « Nisqy » Dinçer, nouvelle recrue de Fnatic

C’est un mercato mouvementé du côté de Fnatic, le départ de Rekkles a fait couler beaucoup d’encres et les nouveaux renforts de l’organisation seront scrutés par des supporters en quête de faux pas. Il faut dire que les relations entre les fans et le management de Fnatic sont tendues depuis que Rekkles a rejoint G2 Esports. Si le remplaçant du suédois (probablement Upset) aura de larges souliers à chausser, Nisqy aura probablement forte à faire aussi. Malheureusement pour lui, son arrivée n’est pas très bien vécue par les supporters qui attendaient Perkz (finalement transféré chez Cloud9). Mais Nisqy n’est pas un choix de seconde zone, si son gameplay est sûrement moins exaltant que ceux d’autres joueurs, il brille par un style de jeu altruiste qui permet de mettre ses coéquipiers dans les meilleures dispositions possibles. C’est cet aspect altruiste qui fait souvent oublier aux fans à quel point Nisqy est doué mécaniquement. Mais je suis prêt à parier que les fans oublieront rapidement leurs inquiétudes initiales car Nisqy est exactement ce dont Fnatic a besoin pour briller.

Il semble évident que Nemesis a connu quelques difficultés la saison passée. Son problème principal était celui de la flexibilité. Lorsque Fnatic a remplacé Broxah par Selfmade, l’équipe a complètement changé de style de jeu. D’un coup, il a fallu que les solo-laners de Fnatic jouent pour leur jungle et cela a demandé une adaptation de style que Nemesis n’a pas su opérer. Il a été en difficulté toute la saison, son champion pool habituel ne fonctionnait pas et il est apparu comme un poids pour son équipe particulièrement aux Worlds ou la différence de niveau de jeu était criante.

Après une saison chez Splyce, Nisqy signe chez Cloud9 ou il remporte un split et est élu une fois meilleur midlaner de la ligue nord-américaine.

C’est par ce que Fnatic a l’intention de garder ce style de jeu que Nisqy est le joueur parfait. Il va jouer pour Selfmade et il sait le faire. Il a le champion pool qui va avec, c’est son style de jeu et il a déjà brillé en le faisant. Il va juste falloir que les fans de Fnatic lui laissent un peu de temps et une marge d’erreur suffisante car pour le moment il semble qu’ils soient prêts à se jeter sur lui à la moindre erreur. Comme BrokenBlade, il arrive des LCS ce qui laisse toujours les fans européens dubitatifs. Personnellement, j’ai une grande confiance en Nisqy et je pense réellement qu’il est une des meilleures possibilités pour Fnatic. Il n’est peut être pas meilleur mécaniquement que Nemesis mais son style s’intègre à merveille dans le collectif. De plus, il est un joueur humainement apprécié par tous, il a la réputation d’être un excellent coéquipier ce qui compte énormément, surtout dans un groupe qui semble quelques peu sous tensions. Je suis intimement persuadé qu’à la fin de la saison, les craintes et doutes des fans seront oubliés et G2 Esports pourra recruter Selfmade tranquillement pour continuer la boucle

Vato : l’éternel mésestimé

La scène Fortnite francophone est à un tournant important de sa courte existence, elle s’attache désormais à la création d’une deuxième génération de stars. Et si les fans du Battle Royal d’Epic Games n’oublieront jamais des joueurs comme Skite, Kinstaar ou Airwaks, figures de la première génération de joueurs, ils semblent parfois relayer Vato à un second plan. Le joueur suisse, sûrement moins fringant et moins exposé que ses comparses, a pourtant toutes les accolades qui devraient le situer au panthéon des grands champions du jeu. Portrait d’un joueur trop souvent mis dans l’ombre malgré son exception.

Pierre « Vato » Mesey (à gauche) et son binôme Clément « Skite » Danglot, vainqueurs de la Lyon e-Sport 2019.

Comme beaucoup de joueurs de sa génération, Vato fait ses premières armes au courant de l’année 2018 dans le circuit de lan francophones. Il enregistre d’abord quelques timides performances avant de se révéler au grand public en prenant la deuxième place du Summer Skirmish Series EU. Sa mise en avant ne serait concrète que lorsqu’il fera parti du roster originel de LeStream Esports à la fin 2018. C’est le début de sa légendaire association avec Skite. L’alchimie entre les deux joueurs est immédiate et les résultats ne tardent pas à suivre. Ils remportent la Lyon e-Sport 2019 et seront le meilleur binôme francophone des IEM Katowice 2019.

Néanmoins, une tendance apparait déjà dans l’esprit des fans. Pour beaucoup, Vato est très certainement un joueur d’exception mais son rôle et son implication dans les performances de son équipe semble souvent passé sous silence du fait son association avec Skite qui trouve énormément de succès en solo. Une tendance qui, si elle est injuste, est confortée par l’attitude de Vato, trop dur avec lui-même, trop exigeant et probablement un peu influencé par la récurrence avec laquelle les fans de la scène lui reprochent de n’être que le second couteau de son binôme.

Résultats de la finale Duo de la World Cup de Fortnite. Vato et Skite terminent 10e et premier duo francophon.

A l’approche de la World Cup, le joueur suisse et son comparse se trouvent logiquement parmi les favoris pour une qualification pour l’évènement. Probablement quelques peu crispés par l’enjeu, les deux joueurs devront attendre la dernière semaine pour valider leur ticket pour New-York après plusieurs places d’honneurs. Alors que Skite parviendra à se qualifier pour la finale en solo, Vato échouera à deux points près de le rejoindre ce qui, lorsqu’on est familier avec le système de qualification, est très peu.

Et à la World Cup, Skite et Vato se hissent dans le top 10, enregistrant la meilleure performance francophone et s’impose définitivement comme le meilleur binôme que la francophonie possède. Sûrement, le monde verrait désormais que Vato est un grand joueur, l’un des meilleurs du monde et qu’il est une part importante des performances de son équipe. Mais le lendemain, on l’oubliera déjà quelques peu, Skite livre une performance phénoménale en finale solo et se hisse à la septième place, deuxième meilleur européen et premier français. En une nuit, pour beaucoup, Vato est passé de « membre du meilleur binôme francophone » à « coéquipier du meilleur joueur francophone », une nouvelle malheureuse et injuste mise en retrait pour le suisse qui semble condamné à se tenir dans l’ombre de Skite.

Le duo se divise en deux individualités pour les Fortnite Champion Series en trio. Un crossover entre LeStream et Solary voit les deux membres rejoindre chacun l’un des deux duos de Solary. Et cela ne se passe pas aussi bien qu’on aurait pu l’espérer. Ni Skite ni Vato ne se qualifie pour la finale, un évènement marquant pour les joueurs qui étaient des habitués des grands rendez vous internationaux. Là ou beaucoup y ont vu un manque d’alchimie entre les joueurs LeStream et Solary, ils auraient peut-être pu y voir quelque chose d’autre, peut être que Vato et Skite ne pouvaient gagner l’un sans l’autre.

Et c’est lors des Fortnite Champion Series en squad (quatuor) que Skite et Vato se retrouvent, aux côtés d’Airwaks et Nikof. Et c’est aussi lors de cette compétition qu’ils goutent à nouveau au succès. Finissant sur le podium de la compétition, Vato rajoute une nouvelle ligne à son palmarès, une nouvelle fois il fait partie des tout meilleurs d’Europe mais il ne semble toujours pas apprécié à sa juste valeur. Les deux joueurs vont connaitre, pas la suite, leur premier gros échec en tant que duo, ils ne se qualifient pas pour la finale des Fortnite Champion Series en duo. Cela sonne le glas de leur association, faisant part d’un manque de motivation, Skite et Vato se séparent. Une réaction en chaine pour le suisse qui quitte LeStream, en fin de contrat, durant l’été 2020.

Désormais sans structure, Vato doit prouver, sans Skite qu’il fait encore partie des meilleurs malgré l’émergence de dizaines de nouvelles stars sur Fortnite. A l’aube des FNCS en solo, il appartenait à Vato de prouver qu’il avait résisté à l’épreuve du temps et que même sans Skite, il saurait faire partie du sommet de l’Europe. Et contre toutes attentes, Vato l’a fait et seul cette fois ci. Il se qualifie pour la finale et prouve à tous qu’il n’était le faire valoir de personne. Même si la finale ne s’est pas déroulée de la meilleure des façon (il finira 67e), Vato aura prouvé un point, que ce soit seul ou accompagné, il fait partie des meilleurs joueurs d’Europe, il en a toujours fait partie.

On pourrait reprocher à Vato qu’il a parfois été trop négatif, trop virulent vis-à-vis de lui-même. Peut être qu’à un moment, il a cru à ceux qui le pensaient mauvais et peut être qu’il a su trouver la force mentale pour leur prouver qu’ils avaient tort. Quoi qu’il en soit, Vato fait partie intégrante du panthéon de nos grands champions sur Fortnite, aux cotés de son ami et binôme de toujours Skite et de bien d’autres. Il ne sera jamais celui dont on parle le plus et ne sera peut-être jamais le plus performant de tous mais contrairement à bien d’autres, il aura su traverser le premier renouvellement de joueurs et rester performant. Pour longtemps on le lui souhaite.