sOAZ : l’immortel

Dans le monde du gaming, la carrière de joueur professionnel rencontre souvent l’insurmontable obstacle de la longévité. Rares sont les joueurs qui parviennent à maintenir leur place et leur statut dans l’esport dans le temps. Cela est dû à l’arrivée constante de nouveaux joueurs, la difficulté de maintenir l’extrême difficulté de maintenir son niveau de jeu mais également la présomption qu’un joueur vieillissant peut difficilement rester compétitif. Dans un jeu tel que League of Legends où les joueurs sont amovibles et ou le nombre de compétiteurs de talents a explosé entre les débuts de la scène et sa consolidation, rare sont ceux qui sont parvenus à rester au plus haut niveau. Les noms de Doublelift ou Diamondprox sont les reliques d’une première génération de joueurs qui ont submergé la scène alors même qu’elle était à ses prémices. Loin des stades remplis, des millions de spectateurs et du confort financier dans lesquels League of Legends évolue désormais, c’est dans un tout autre cadre, plus intimiste que la scène a connu sa première flambée de joueurs. Et au milieu de la masse défilante de professionnels de l’époque, il y avait sOAZ, un joueur qui faisait déjà parti des meilleurs et qui a traversé l’histoire de la scène de League of Legends. Alors qu’il a mis sa carrière en suspens pour se lancer dans le coaching chez LDLC OL, c’est le bon moment pour évoquer sOAZ, sa légende et son incroyable parcours dont les deux dernières saisons mitigées ne doivent pas affecter l’exceptionnalité. Portrait de Paul « sOAZ » Boyer, l’un des joueurs les plus emblématiques que l’ouest n’ait jamais connu.

C’est lors de la première édition des Worlds que sOAZ commence à écrire sa légende. Alors joueur de aAa (against All authority), il finira la compétition sur la seconde marche du podium, n’échouant que de peu lors de la manche décisive d’un BO3 contre Fnatic. Dans une scène qui ne ressemblait en rien à celle que l’on connait aujourd’hui, il est déjà évident que le jeune sOAZ dispose de grandes qualités. Si l’équipe parvient à se maintenir parmi les meilleurs, elle ne franchira jamais le cap et se retrouve bloquée dans le ventre mou de la hiérarchie mondiale dominée par des équipes telles que TSM, CLG, Moscow 5 et Fnatic. Les quelques organisations qui parviennent à se stabiliser et à relativement se professionnaliser se partagent la gloire ne laissant que des miettes aux autres écuries. Mais à la mi-2012, Fnatic qui commence à montrer quelques signes de faiblesse et d’inconstances va se séparer d’un de ses joueurs phares, le polonais Maciej « Shushei » Ratuszniak et va le remplacer par sOAZ ce qui marque le début d’une association qui va marquer l’histoire du jeu à tout jamais. Et c’est avec Fnatic, que sOAZ va participer à la première édition des EU LCS, la forme première de la LEC que nous connaissons aujourd’hui.

De gauche à droite : Cyanide, sOAZ, xPeke, puszu & YellOwStaR

L’équipe prend immédiatement le pli et sOAZ va rouler sur l’Europe avec Fnatic durant deux années. La compétition internationale s’est néanmoins durcie et si Fnatic sont les maitres incontestés de l’Europe (trois titres sur les quatre premiers splits), l’organisation ne parvient pas à s’imposer sur la scène internationale. En 2013, l’équipe perd en demi-finale des Worlds contre Royal Club et en finale des IEM contre KT Rolster Bullets, équipe coréenne menée par Score et Ryu. Mais en 2014, à l’issu du premier split européen que l’organisation ne remporte pas, Fnatic connait ses premières difficulés majeures. Au Worlds, l’équipe ne parvient pas à sortir des poules, un premier gros revers pour l’organisation qui aura des conséquences impressionnantes. Rekkles, xPeke et Cyanide quittent Fnatic et le midlaner espagnol va fonder Origen où ne tardera pas à le rejoindre sOAZ. Avec cette nouvelle équipe, sOAZ écrase la seconde division européenne pour se qualifier pour les EU LCS. Désormais de retour dans l’élite de la scène européenne, sOAZ et xPeke ont leurs yeux rivés vers le titre, rivés vers Fnatic. Et comme si tout était écris, Origen et Fnatic finiront par s’affronter en final des playoffs cette année-là. Ce BO5 a marqué l’histoire de la ligue à tout jamais, l’invincible Fnatic qui n’avait perdu aucune partie de la saison et des playoffs vacille mais finit par remporter le titre dans un affrontement qui sera allé jusqu’à la cinquième manche. Si cette défaite marque un premier coup d’arrêt pour Origen, le roster pourra se satisfaire d’une belle campagne au Worlds 2015 qui s’achève en demi-finale contre SKT menée par un certain Faker ainsi que de sa victoire aux IEM – San Jose où l’équipe n’aura perdue aucune game.

A ce point dans sa carrière, sOAZ est déjà un vétéran de la scène, le renouvellement des joueurs a été massifs et il fait déjà parti des derniers joueurs à avoir traversé toutes les époques du jeu. Mais sOAZ fait toujours parti des tous meilleurs et malgré cela, l’année 2016 sera, à date, l’année la plus difficile de sa carrière. En panne d’inspiration et en proie à des difficultés de niveau de jeu, Origen va connaitre un Summer Split cauchemardesque que l’organisation finira à la 9e place du classement, devant se battre pour maintenir sa place en EU LCS. C’est le moment que sOAZ choisit pour rentrer chez lui, il quitte Origen et retourne chez Fnatic pour la saison 2017. Un retour effectué au même moment que l’arrivée d’un certain Caps. Malheureusement, c’est une nouvelle année vierge pour sOAZ qui n’a plus remporté de titre européen depuis avril 2015. Malgré une campagne aux Worlds correcte, marquée par l’incroyable comeback effectuée par l’équipe lors de la phase de groupe, cela commence à faire longtemps que sOAZ n’a pas posé ses mains sur un trophée, trop longtemps pour celui qui est déjà le meilleur toplaner que l’Europe n’a jamais produit. Si l’année 2018 marque le retour de la victoire pour sOAZ et Fnatic qui remporteront les deux splits, elle marque aussi le début de la transition entre le vétéran français et son futur remplaçant, Bwipo. Alors qu’il joue la majorité de la saison comme titulaire, le temps de jeu de sOAZ diminue quelque peu lors des playoffs du Summer Split à cause d’une blessure, ou il est remplacé à trois reprises. La transition sera complétée lors des Worlds ou Bwipo joue la majorité des games et ou Fnatic échouera en finale. 7 ans après, il égale son meilleur résultat international mais la symbolique n’est plus la même.   

A l’issue de la saison 2018, sOAZ quitte Fnatic et rejoint Misfits Gaming

Il apparait clair que Bwipo sera le choix vers lequel Fnatic allait se tourner pour la suite et sOAZ, voulant disposer de temps de jeu quitte l’organisation et rejoint Misfits Gaming qui met sur pied un roster se voulant ultra-compétitif. Malheureusement, malgré des débuts prometteurs, le roster ne trouve jamais son rythme et ne se qualifie à aucune phase de playoffs. La majorité de l’équipe sera même totalement remplacée par l’équipe académique de Misfits au milieu du second segment. Un coup dur pour sOAZ qui voit déjà se pointer les critiques autour de son âge qu’il juge injustifiées. Il faut dire qu’après son départ de Fnatic, sOAZ entame un nouveau combat dans sa carrière. La perception d’un joueur de son âge dans la scène est près systématiquement associée à une baisse critique du niveau de jeu. Sa saison 2020 chez Immortals est un fiasco collectif qui ne va pas apaiser les critiques à son égard. Si il est certain que son niveau individuel n’est plus ce qu’il a pu être par le passé, les critiques sont disproportionnées, amplifiées et les défaillances collectives sont souvent réduites à des défaillances individuelles de sa part ou de la part d’Eika, son midlaner chez Immortals que n’a pas été épargné non plus cette année là. sOAZ décide alors de faire une pause, il qualifie les deux dernières saisons de particulièrement éprouvantes et la quarantaine américaine semble vraiment l’avoir affecté. Il sera annoncé comme nouveau coach de LDLC OL.

Avec la retraite de Doublelift et la pause de sOAZ, la scène League of Legends entamera l’année 2021 sans aucun joueur de la saison 1 des Worlds encore en activité dans une des régions majeures, une première. sOAZ est l’un des joueurs les plus accomplis de l’histoire du jeu, il a remporté le championnat européen à de multiples reprises, connu 6 campagnes aux Worlds desquelles il a atteint 5 fois les playoffs dont 2 fois la finale, le tout avec 3 équipes différentes et sur une durée de 8 ans. Il y à très peu de joueurs qui peuvent rivaliser avec ses accomplissements, il se situe tout en haut de la hiérarchie européenne aux cotés de joueurs tel que Caps,Perkz,Rekkles ou Jankos pour ne citer qu’eux. Mais au delà de son exceptionnel carrière, son parcours permet de mettre en lumière la question houleuse de la longévité de la carrière des joueurs ainsi que celle de la force de la perception collective sur la perception du niveau individuel.

Quoi qu’il advienne désormais, sOAZ est une légende et il restera à jamais l’un des meilleurs joueurs européens à n’avoir jamais posé ses mains sur le jeu. Ses accomplissements et le déroulement de sa longue carrière parlent pour lui. Ceux qui n’ont découverts que très récemment la scène compétitive de League of Legends ne se rendent peut être pas compte de l’importance de sOAZ tant les deux dernières saisons de sa carrières ont, injustement, affecté la perception que certains avaient de lui. Aujourd’hui, Wunder semble en chemin pour le rejoindre en tant que toplaner le plus historique de la ligue mais, sûrement par nostalgie, il ne le remplacera jamais à mes yeux.

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